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Journal


11/06 2014

Gilad Ratman, le porte-voix du cri primal

Right to the Point #5 / Artists' Soapbox Series : Rencontre avec Gilad Ratman

Immergés dans la boue, enterrant leurs amplis ou creusant un passage imaginaire dans les fondations du pavillon israëlien à Venise, les hommes que Gilad Ratman met en scène dans ses performances filmées et installations sont toujours dans des positions peu orthodoxes. A mi-chemin entre utopie, renoncement et grotesque.


Dernier très bon volet de Right to the Point / Artists' Soapbox series en compagnie des élans utopistes, de l'humour et du trash de Gilad Ratman. Représentant Israël lors de la Biennale de Venise de 2013, l'artiste né à Haifa (38 ans) avait alors imaginé une fiction débridée où un groupe d'individus utilisait les voies souterraines pour surgir à l'intérieur du pavillon national, puis prenait part à un workshop de sculpture sur glaise - des autoportraits truffés de micros, burlesques et parfois effrayants. Au rez-de-chaussée, un DJ mixait en direct les sons captés par les micros de chaque tête sculptée et immergeait l'espace entier de cris primaux qu'accompagnaient des vidéos retraçant l'ensemble du récit.


Atelier de sculpture

Évidemment politique puisqu'abordant par ellipse l'identité et la création contestée d'Israël en 1948, cette oeuvre s'inspire aussi du voyage de l'architecte du pavillon israëlien, Zeev Rechter, qui partit d'Israël, tout comme les sculpteurs fictifs de The Workshop, pour rejoindre Venise. Gilad Ratman est un utopiste de bonne humeur qui aimerait, confie-t-il, "que les gens se lèvent le matin et puissent y devenir fous s'ils en ont envie, sans que personne ne puisse avoir de contrôle sur eux". Mais l'utopie se teinte toujours chez lui d'un esprit de renoncement.



The Workshop. Venice Biennale 2013. Courtesy of the Artist and Braverman Gallery, Tel Aviv


Metal lourd 

Autre mise en scène, autre performance filmée, "Buried Metal" trouve sa source d'inspiration dans le concert hautement révolutionnaire de Metallica en Russie en 1991, où l'armée et la police russes étaient aussi présentes. Gilad Ratman a lui invité cinq groupes de heavy metal roumains en pleine campagne. Ils y ont creuser un énorme trou où ils ont enseveli leurs enceintes sous trois mètres de terre, de nuit, puis, en cercle, ont hurlé des cris encore plus caverneux et graves que lors de concerts de heavy metal.


A project with five heavy metal bands. 2010-2014. Courtesy of the Artist and Braverman Gallery, Tel Aviv


Bain de boue

Intéressé par les communautés, la liberté, le politique et la musique comme force libératrice, Gilad Ratman donne dans ses oeuvres une réelle importance au récit, entre effroi et humour. A l'instar de son Boggeyman, une vidéo où des hommes immergés sous une boue grise respirent grâce à des tubes de plastique et actionnent des sons créés par des instruments de musique suspendus hors de la marre de boue, constitutée en studio. Entre punition et libération de l'individu ou des communautés, pathétique et poésie, Gilad Ratman est l'auteur d'oeuvres fortes qui ont déjà été exposées au musée d'Art contemporain de Tel Aviv ou au PS1 de New York.


Crédit photo : The 588 project, 2009. Courtesy of the Artist and Braverman Gallery, Tel Aviv

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