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Journal


24/02 2015

Nova[Mix] Club #5 - NEUE GRAFIK / HORSE MEAT DISCO / CRACKBOY / SAN PROPER



Pour cette deuxième édition de l’année 2015, le Point Perché a décidé de faire peau neuve. Exit le décor strié habillait les ambiances de la salle. Si les couleurs noires et blanches, elles, n’ont pas changé, on pouvait cette fois danser entre des murs et sur un sol décorés de drôles de sigles comme des lettres imbriquées les unes dans les autres. Surtout, le dancefloor avait été réagencé de manière à ce que la foule soit plus dense, poussée à la jouer joyeusement façon collé-serré.

 

Derrière les platines aussi, il y avait du nouveau. Pour lancer les hostilités, c’est le rookie Neue Grafik qui y est allé de son set. Le garçon, décontracté dans un sweat à capuche, s’est appliqué à façonner une house guillerette, parfois bondissante, guidée par des accords de claviers parfaitement orchestrés. Neue Grafik, Frédéric à la ville, gigotait tellement devant ses touches qu’il a fini en nage, lessivé. Au point de s’effondrer de fatigue, les pieds pris dans les fils. La house de cette jeune pousse, parfaitement calibrée entre références chicagoanes et réinterprétation à la sauce 2015, est un pari qui a du goût.

 

Dans la foulée de ce graphique agréablement nouveau, ce sont deux vieux de la vielle qui ont pris le relai. Jim et Severino, première moitié du quatuor londonien Horse Meat Disco, ont dégoupillé une disco de bon aloi pour la deuxième partie de ce nouveau Nova Mix Club. Déception cela dit : la doublette disquette nous a confié n’avoir jamais goûté les supposés mais peu évidents plaisirs de la viande de cheval. « C’est illégal en Angleterre ! », ont-il plaidé pour leur défense. Un mythe s’effondrait. Tandis qu’une légende prenait pour le coup un peu plus de force : ces deux-là en ont sous la platine. Leur musique, rythmée par des montées blackalicious quasi mystiques, avait tout pour nous faire cavaler sur la piste, laquelle prenait des airs soudains de champs de course. Un cheval, c’est toujours mieux vivant qu’en steak.

 

Troisième affaire de la soirée : Crackboy. Plus en retrait que ses trois prédécesseurs, le Parisien, affilié des labels I’m A Cliché et Tigersushi, s’est contenté de faire parler les enceintes à sa place. Il était 22h passé et la soirée prenait alors des accents plus nerveux, plus sanguins. Avec Crackboy, voilà le Point Perché qui plongeait pour de bon dans la nuit.

 

Pour terminer la soirée, on nous avait prédit le pire. Le garçon chargé de conclure cette nouvelle édition traînait jusque-là la réputation d’être un sacré marlou, un type capable de faire valdinguer le micro et de changer de rythmes sans prévenir pour son simple plaisir. Allons bon : le hollandais San Proper et sa veste en jean sans manche furent un délice. Dans un anglais baragouiné, le chevelu moustachu s’est plu à raconter en détails - que nous tairons ici - les raisons fumeuses pour lesquelles il a été récemment interdit de séjour aux Etats-Unis alors qu’il était censé traverser le pays de long en large à l’occasion d’une tournée des clubs. Sitôt son histoire terminée, cet acolyte amsterdamois de Tom Trago, reçu au Point Perché en novembre dernier, à bondi derrière ses machines, pour bidouiller une techno fuyante. Nous n’étions pas dans un entrepôt du Michigan, mais on s’y serait cru. Finalement, la musique est le meilleur des visas pour l’Amérique.



Raphaël Malkin

Crédit photos: Tom McGeehan